Un Français, une Algérienne installée en France, deux associations et un compte bancaire ouvert en France. Le Trésor américain a sanctionné vendredi 2 octobre 2026 un réseau de financement du Hamas. Selon Washington, plus de 2 millions de dollars ont ainsi rejoint sa branche armée, sous couvert d’aide humanitaire à Gaza.
La DGSI a interpellé trois personnes en France. Une partie des fonds a voyagé en cryptomonnaies, et le procédé n’a rien de neuf puisque la justice américaine avait déjà saisi des cryptos destinées au Hamas en mars 2025, environ 200 000 dollars en USDT.
- Le Trésor américain a imposé des sanctions sur un réseau accusé de financer le Hamas en utilisant des donations prétendument humanitaires pour Gaza.
- Des millions de dollars ont été transférés via des cryptomonnaies, avec l’implication de deux associations françaises et de plusieurs individus, dont certains ont été interpellés par la DGSI.
Hamas : des dons « humanitaires » collectés en Gironde et à Saint-Étienne
Au centre du dispositif, il y a un homme. Washington présente Saleem al-Zaq, 45 ans, comme adjoint de bataillon au sein des Brigades al-Qassam, la branche armée du Hamas, et photographe pour son bureau média. Sur les réseaux sociaux, il appelait aux dons pour l’aide humanitaire à Gaza. D’après l’accusation, l’argent prenait une tout autre direction.
Le relais français tenait en deux noms. Faouzi Barika aurait cofondé avec lui Association Baraka, installée à Saint-André-de-Cubzac (Gironde) depuis octobre 2023. Amel Oualid a lancé Ensemble C Mieux à Saint-Étienne en juillet 2024. Les deux structures sont désormais sanctionnées par l’OFAC (le bureau du Trésor chargé des sanctions financières), tout comme leurs fondateurs.
Les montants donnent le vertige. L’OFAC évoque plus de 2 millions de dollars collectés entre 2020 et 2026, dont 1,5 million après l’attaque du 7 octobre 2023. Le ministère de la Justice retient de son côté 1,7 million. Toutefois, les deux chiffres ne couvrent pas tout à fait le même périmètre.
Puis vient la tuyauterie. D’après Chainalysis, le réseau regroupait d’abord les dons sur un compte bancaire français. Ensuite, il les convertissait en cryptomonnaies et les envoyait vers des wallets (des portefeuilles numériques) contrôlés par al-Zaq. L’OFAC parle de son côté de centaines de milliers de dollars en crypto versés à al-Zaq.
Coup de filet de la Louisiane à la Gironde
Les donateurs américains n’ont pas été épargnés. Le ministère américain de la Justice a fait arrêter les frères Omar et Abdel Adhami, installés à Covington en Louisiane, ainsi que Raed Yousef, 56 ans, résident de Lutz en Floride. Abdel Adhami aurait versé environ 94 000 dollars au réseau, contre 11 000 pour son frère et près de 50 000 pour Raed Yousef.
Les charges varient d’un dossier à l’autre. Les frères Adhami sont poursuivis pour soutien matériel au Hamas, complot, fraude électronique et blanchiment. Raed Yousef répond aussi de fraude au passeport et de versements à une personne sanctionnée. La violation des sanctions américaines vise d’abord al-Zaq, inculpé mais toujours à Gaza. Selon Chainalysis, les participants échangeaient sur des messageries en langage codé. Al-Zaq y glissait d’ailleurs directement ses adresses de dépôt crypto.
En France, les personnes interpellées par la DGSI sont Faouzi Barika, Amel Oualid et Nordine Barika. Tous trois restent présumés innocents. Les sanctions de l’OFAC sont une mesure administrative qui ne vaut pas condamnation. Elles visent al-Zaq, Faouzi Barika, Amel Oualid et les deux associations. Concrètement, Washington gèle leurs avoirs aux États-Unis et interdit à toute entreprise américaine de traiter avec eux.

Crypto et Hamas : la blockchain a vendu la mèche
Et c’est là que l’affaire devient intéressante pour vous. L’adresse crypto d’al-Zaq n’était pas un wallet privé caché au fond d’un disque dur. Il s’agissait d’une adresse de dépôt ouverte sur une grande plateforme d’échange, celle qu’un exchange attribue à chaque client pour recevoir des fonds.
Chainalysis a remonté le fil dans une analyse publiée sur X. Un même wallet a échangé des fonds avec l’adresse d’al-Zaq, puis en a envoyé vers d’autres adresses de dépôt. Or ces dernières avaient reçu des sommes importantes depuis des adresses liées au Hamas. Ces adresses figuraient sur les ordres de saisie du NBCTF israélien, le bureau national de lutte contre le financement du terrorisme. Dans le jargon, on appelle ça une contrepartie commune.
Soyons honnêtes. La crypto n’était qu’un rail parmi d’autres, aux côtés des virements bancaires et des services de transfert d’argent. Les enquêteurs ont surtout profité d’un point faible bien connu. Un exchange connaît l’identité de ses clients. De plus, le registre public de la blockchain garde en mémoire chaque transaction, des années plus tard.
Israël n’a d’ailleurs pas attendu Washington pour viser ce canal. Son bureau antiterroriste traque les portefeuilles crypto du Hamas depuis 2021, avec 84 adresses visées dès juillet de cette année-là. En octobre 2026, ces ordres de saisie du NBCTF ont donc servi de repère. Ils ont permis de rattacher l’adresse d’al-Zaq au reste du réseau.
L’article Financement du Hamas : 2 associations françaises sanctionnées, la crypto au cœur du circuit est apparu en premier sur Journal du Coin.

Laisser un commentaire