Quatre dollars de l’heure. C’est ce que gagnait Todd Weaver à 12 ans pour ramasser les déchets sur un chantier du Missouri. Ce jour-là, il avait frappé à la porte d’un bungalow de chantier et c’est Bob Clark, fondateur de Clayco et futur milliardaire du bâtiment, qui l’avait embauché. Quarante-trois ans plus tard, son groupe vise près d’un milliard de dollars de chiffre d’affaires en 2026, porté par les centres de données qu’il construit pour Google, raconte Forbes.
La même vague emporte les mineurs de Bitcoin, qui louent leurs mégawatts aux géants de l’intelligence artificielle. Amazon, Microsoft, Alphabet et Meta déversent dans le béton et le silicium des sommes que l’industrie du bâtiment n’avait jamais vues.
Points clés
- Embauché à 12 ans pour 4 dollars de l’heure par Bob Clark, fondateur de Clayco, Todd Weaver dirige un groupe de BTP qui vise 1 milliard de dollars de revenus en 2026, contre environ 400 millions en 2025
- Ses équipes construisent des data centers sur six campus de Google et comptent aussi Microsoft et Apple parmi leurs clients
- Amazon, Microsoft, Alphabet et Meta prévoient désormais plus de 700 milliards de dollars d’investissements en 2026, contre environ 410 milliards en 2025
- Les mineurs de Bitcoin monnayent leurs raccordements électriques : IREN avec Microsoft, Cipher Mining avec AWS, Riot Platforms avec Anthropic
Todd Weaver : du ramassage de déchets à un groupe d’un milliard de dollars
Le premier salaire de Todd Weaver tenait en une poignée de billets : quatre dollars de l’heure pour évacuer gravats et emballages à Hazelwood, dans la banlieue de Saint-Louis. Bob Clark l’embauche à une seule condition, qu’il reste à l’école. Le fondateur de Clayco, l’un des plus gros constructeurs des États-Unis, devient son mentor pendant des années.
En 2002, à 31 ans, Todd Weaver lance sa propre entreprise. Sa holding, DGN Enterprise, réunit aujourd’hui cinq sociétés, dont TW Constructors et des filiales spécialisées dans l’électricité, la vitrerie et la protection incendie, pour 585 salariés. Le chiffre d’affaires est passé d’environ 400 millions de dollars en 2025 à près d’un milliard attendu en 2026.
Le moteur de ce saut s’appelle Google, qui lui confie des chantiers de data centers sur six campus. Microsoft et Apple figurent aussi parmi ses clients. Dans la chaîne de valeur de l’IA, le béton arrive avant le silicium : aucun GPU ne s’allume sans dalle coulée, sans transformateur raccordé et sans boucle de refroidissement.
Data centers : la facture des géants du cloud dépasse 700 milliards de dollars
Derrière ces chantiers, quatre donneurs d’ordre écrasent tous les autres. Amazon, Microsoft, Alphabet et Meta ont investi environ 410 milliards de dollars en 2025. Après leurs résultats du deuxième trimestre, publiés fin juillet, leurs prévisions cumulées dépassent désormais 700 milliards de dollars pour 2026, l’essentiel fléché vers les serveurs, les puces et les bâtiments qui les abritent. Les marchés ont d’ailleurs réagi en ordre dispersé à cette surenchère.
L’appétit ne s’arrête pas aux États-Unis. En septembre, Google a annoncé au moins 13 milliards d’euros en Finlande pour ses centres de données et leur alimentation électrique.
Le chantier bute pourtant sur le courant. Le Lawrence Berkeley National Laboratory chiffre à près de cinq ans le délai médian entre une demande de raccordement au réseau électrique américain et la mise en service. Un site déjà alimenté vaut alors davantage que les serveurs qu’il abritera.
Bitcoin : les mineurs assis sur les mégawatts que l’IA réclame
Ces mégawatts déjà raccordés, les mineurs de Bitcoin en détiennent par centaines. IREN a livré cet été son premier data center à Microsoft, dans le cadre d’un contrat de 9,7 milliards de dollars portant sur des puces GB300 de Nvidia installées à Childress, au Texas. Cipher Mining a bouclé 5,5 milliards avec Amazon Web Services, après un bail garanti par Google via Fluidstack. TeraWulf revendique plus de 12,8 milliards de dollars de revenus contractés dans le calcul haute performance.
Le mouvement s’accélère encore. Fin septembre, Riot Platforms a sécurisé un bail de 20 ans estimé à 9,1 milliards de dollars avec Anthropic pour son site de Rockdale, au Texas. Un an plus tôt, les actionnaires de Core Scientific avaient rejeté l’offre de rachat de CoreWeave, valorisée 9 milliards de dollars en actions.
Pendant dix ans, ces sociétés ont fait le travail ingrat : négocier des contrats d’électricité de long terme et s’installer au pied de sous-stations que personne ne convoitait. Ce patrimoine électrique est devenu l’un des actifs les plus disputés de la tech américaine, au point que certains mineurs pourraient tirer 70 % de leurs revenus de l’IA d’ici fin 2026.
Le minage n’a pas disparu pour autant, mais il marque le pas. Le hashrate du réseau, la puissance de calcul totale mobilisée pour valider les blocs, plafonne autour de 930 EH/s en septembre, sous la barre symbolique de 1 ZH/s. Selon BlocksBridge Consulting, les mineurs cotés ont réduit leur puissance de 15 % au premier semestre 2026, pendant que leurs revenus tirés de l’IA bondissaient.
Google fait travailler les équipes de Todd Weaver sur ses centres de données et détient dans le même temps des parts dans TeraWulf et Cipher Mining, deux mineurs de Bitcoin reconvertis en hébergeurs de GPU. Le même dollar achète le béton d’un côté et les mégawatts déjà raccordés de l’autre. Reste à savoir combien de temps la manne tiendra le jour où les géants du cloud lèveront le pied.
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